Ma critique négative de Before The Flood

Avant le déluge (Before the Flood en version originale) est un film documentaire américain, co-produit par (et pour) Leonardo DiCaprio.

Ce documentaire est en ligne et ma critique est aussi ici. Peut-être n'étais-je pas d'humeur ce jour-là... À vous de voir...

OOOps-là! Je suis passé complètement à côté... Avant le déluge n’est pas un film d’engagement. On peut bien plus facilement le voir, comme son opposé. Par ce film, DiCaprio essaye de se convaincre qu'il est du bon côté de l’histoire. Ce documentaire est en fait un navet écologique, dans sa réalisation et dans son discours, et DiCaprio n'est que le Buffalo Bill de ce début XXI siècle. Comme Bill, il tue largement la planète. Comme Bill, il cache cela en se grimant en héros américain. Buffalo Bill utilisait pour cela son cirque. Léo lui utilise Hollywood. Déjà, le titre du film est un déni. DiCaprio a raté le déluge car le déluge, en fait, il a déjà commencé. L’adaptation au chaos est la politique en cours. Titrer avant le déluge tout en filmant le déluge en cours est donc une fuite en avant, non pas optimiste mais seulement positiviste. Bon… début du film: DiCaprio montre sa culture avec une description du jardin des délices. DiCaprio est cultivé. On s’attend donc à un peu d’analyse et de prise de recul de sa part. On s’attend, par exemple, à ce qu’il ait lu le Candide de Voltaire avant d'aller rencontrer les grands de la planète. Pas du tout, par exemple, notre Buffalo-Bill du XXIe siècle parait devant le Pape et les dorures du Vatican comme au cinéma, tout en figuration et courbures préconçues. D’ailleurs, l’église est un acteur qui joue dans le même registre de désengagement que DiCaprio. Elle tente avec le Laudato Si de se mettre aussi du bon côté de l’histoire. Malheureusement, son œuvre écologique phare arrive trop tard, est trop conservatrice et est bien trop éthérée pour qu’on comprenne avec elle comment changer quoique ce soit. Une telle institution, se vantant d’œuvrer pour le bien du monde, d’être le garant de la vérité cosmique, d’être une institution-philosophie-de-la-vie aurait dû normalement appeler à la mobilisation bien en amont du déluge et pas du tout en 2015. Mais dire aujourd’hui que la planète va mal est une norme, plus du tout un engagement. De plus, DiCaprio ne relève aucune erreur du Laudato Si. Comment se fait-il que l’église se base dans ce livre sur des thèses pré-darwiniennes et tente de nous convaincre que l’oiseau et la lune, la création de son Dieu, sont nos frères et sœurs? Darwin nous a prouvé que c’est vrai pour l’oiseau mais que c’est faux pour la lune. On ne peut sauver le monde en racontant des fausses vérités scientifiques. Pourquoi aussi le Laudato Si (comme DiCaprio) est si ultra-anthropocentrique. Faut-il prier pour l'humanité et pas pour le reste du vivant sur Terre? Pourquoi nous dit-il que les hommes et la Terre crient de douleur? Et les animaux alors, tués par milliards et disparaissant en masse… Ils ne crient pas eux. DiCaprio ne relève pas cela. Il est venu chercher l’absolution médiatique du Vatican. Il est intéressant de voir le Buffalo Bill en DiCaprio, de comprendre sa propre impuissance. Il en parle lui-même. Cela se passe en Inde avec Sunita Narain. DiCaprio se met en scène ici avec un faire-valoir indien des plus gentils (il y a pourtant tant d’autres activistes écolo bien plus mordants en Inde). Mais Sunita a décidé de se la jouer activiste qu’en même, en demandant à DiCaprio de changer son style de vie américain. Réponse résumée: “Je voudrais bien mais c’est impossible!”. Quel engagement de DiCaprio! On est loin d'un engagement à la Brando. Léo nous propose de ne rien changer, juste de peindre la consommation en vert. Léo n’a pas évolué. Il y a 20 ans, il proposait de changer les ampoules du plafond pour sauver le monde, maintenant il fait la pub pour les tuiles du toit. Il faudrait des tuiles photovoltaïques. DiCaprio n’a pas compris qu’avec les effets rebonds cela ne fait qu’aggraver la planète. Plus de technologie n’arrête pas la crise, elle l’accélère. Si je réduis mes factures avec une ampoule consommant moins, il est certain que l’argent économisé sera ré-investi pour consommer plus. C’est automatique. Bill ne parle pas de cet effet rebond. Lui, il l’a dit, il ne veut pas changer son style de vie. Et on comprend 20 minutes plus loin pourquoi Bill s’est servi des indiens dans sa démonstration du bien-fondé du “consommer mieux (plus)” américain… Le clou du spectacle vient avec sa rencontre avec Elon Musk, un des rois de l’effet rebond, de la technologie positiviste. Buffalo Bill ne donne pas la parole à la science verte (sinon il aurait parler de l’effet rebond) pour sauver la planète mais à la technologie spectacle. Il se balade chez Elon Musk à grand coup de “Woua, ce robot est superbe”. Et avec de grand “si”, ces deux cow-boys arrivent ensemble à sauver les indiens et la planète : Produire des méga-usines, des milliers de waou-robots, des millions de tuiles photo-électriques, etc. Le film vient de basculer en pleine pub positiviste, sans recul aucun et cela à une échelle globale. Ce doc est un navet où DiCaprio a choisi de se décrire en un héros vert mais parait comme un héros de cirque américain, exactement comme Buffalo Bill. Il aurait pu prendre du recul et comme Candide, finir son film par jardiner, dans un environnement à son échelle, prenant soin de ses voisins face au déluge. Non, il finit le film comme toute bonne production américaine de super-héros se montrant en train d'offrir la leçon à tous les décideurs de la planète Terre réunis à l’ONU “sinon notre bon monde ne sera qu’histoire”. On se pince pour se réveiller, on essaye de croire que ce docu est en fait un film de fiction, mais non cette scène est bien réelle. DiCaprio fait du Hollywood avec le réel. Non, décidément ce film n’est vraiment pas bon.