Pour ne pas faire disparaître le vivant, pensez deux mondes autour de vous.

Il ne faut pas faire disparaître le vivant, dans les faits bien sûr, mais aussi par écrit : On aurait vite fait de créer un raccourci de langage, qui, deviendra un cliché intellectuel indiscutable nous laissant sans compréhension devant la disparition du vivant... dans les faits. J’en donne un exemple là avec le WWF cultivant le mythe de notre planète vivante. Grâce au WWF, tout le monde sait désormais que notre planète est vivante, et ainsi personne ne sait plus ce que cela veut dire. C’est un cliché et non pas du savoir. En fait, l’expression planète vivante ne veut rien dire mais il semble exister un consensus pour laisser s’affirmer la chose. On est si habitué à penser notre planète vivante que cette expression ne nous pose plus aucun problème. C'est notre langage qui guide désormais notre vision et non plus notre vision qui guide notre langage. Il faut alors créer un face à face pour entrevoir qu'un truc cloche, comme ici : Est-ce que notre planète est vivante ou bien alors est-ce que seuls les êtres vivants le sont? Il y a une différence fondamentale entre les deux mots "vivant" dans cette question. L'un porte du sens que l'autre lui vole, et l'ensemble floute la narrative et le combat écologique.


Il existe même de brillants scientifiques qui alimentent ce consensus et altèrent le sens du mot vivant, sans le vouloir. Enfin, je pense. Euh… (bon, je vais demander*). Un nouvel exemple ici (tiré cette fois de ce livre-) :

Ce texte du registre scientifique, s'autorise dans sa partie "les faits" à affirmer que “... la Terre est une planète vivante dont la surface est perpétuellement remaniée par la tectonique des plaques...”. Mais que veut dire “vivante" dans cette phrase? - Réponse 1 : Que le vivant (le vrai, le vivant vivant) sur Terre efface les traces des météorites, écrivant ainsi son histoire sur celle de la Terre comme l’homme de l’anthropocène le fait aussi? Cela aurait pu, mais non, ce papier semble en fait relier vivant à la tectonique des plaques.

- Réponse 2 : Que la Terre est vivante parce qu’elle n’est pas “morte” dans un sens "géologique" du terme? Cela ne serait pas bien sérieux. À l’heure où la biodiversité s’écroule, un scientifique ne peut se permettre de flouter les sens de mort et de vie, termes si importants pour ses confrères scientifiques écologues. Et puis, il existe tant d'autres adjectifs pour signifier qu'une planète n'est pas inerte géologiquement (active, animée, dynamique, mouvante, fluide, meuble, instable, etc).


- Réponse 3 : Que la Terre est vivante comme un organisme? Non, cela, d'autres scientifiques l'affirment de manière très explicite (enfin, ils essayent d’être explicites) et il n'est pas mention de cette école de pensée dans ce texte.

- Réponse 4 : Ou alors est-ce que cela ne voudrait simplement, dans les faits, rien dire du tout? Si on regarde bien, dans cette phrase, “vivante” est un mot totalement gratuit. La phrase se comprend bien mieux sans cet adjectif qualificatif. “... la Terre est une planète dont la surface est perpétuellement remaniée par la tectonique des plaques” est une phrase bien plus cohérente. Alors pourquoi qualifier notre planète de vivante? Quel est le mythe qui se perpétue au dépens de la science en passant à travers la garde de son langage? J'ai un avis personnel là-dessus.


Je pense que ce mythe est celui de penser a priori (de présupposer) notre contexte comme une Nature à expliquer, un seul monde universalisable, un seul univers que l'on veut imaginer sans barrière de pensée, modélisable donc par une seule pensée et non pas par plusieurs. C’est un mythe-illusion de voir-donc-de-croire un monde autour de nous. C’est le même mythe-illusion de voir-donc-de-croire que le soleil tournait autour de la Terre. C’est juste de l’anthropocentrisme ou de l’idée de Nature. Répandre le mythe de la Terre vivante, c'est faire oublier le monde et le propre du vivant pour mieux croire à un propre de l'homme. Quand je vois une fleur dans un mur ou une falaise, je ne vois que la fleur de vivant et je la vois détruire cet autre monde, le non vivant, qu’est l’environnement. Je sais très bien qu'elle altère ce mur pour agrandir son monde, et d'ailleurs toute la ville le sait aussi : dans les faits, généralement, la ville... arrache cette fleur (comme d'autres l'arrachent dans l'esprit). On sait tous qu'il y a deux Natures pour un seul jeu de lois physiques autour de nous.


Et alors, pourquoi nos institutions, la science, l'état, les grandes associations, nos plus importants lieux de cultes.. bref notre culture ne présuppose-t-elle pas deux natures matérielles, deux mondes autour de nous plutôt qu'un? Si cela correspond plus à la réalité, permet de maîtriser notre langage, renforce notre éducation au vivant (au vivant vivant pas au vivant mort), améliore la narrative écologique et aide notre civilisation à se développer, le débat mérite d'être ouvert. Je pense ainsi personnellement qu’il est meilleur de prime abord d’affirmer que notre contexte voit la biodiversité affronter l’Environnement plutôt que de dire sans aucun discernement que tout est environnement (ou que tout est vivant). Ensuite, la science sera libre d'expliquer, à partir de ce premier abord, ces deux natures, leur origines, leurs relations, leur développements et plus si elle le souhaite... mais plus de nous dire que la Terre est vivante... gratuitement.


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