Les années 70 sont-elles un grand ou un mauvais tournant écologique?

J'ai commencé l'année 2017 du mauvais pied peut-être. Après visionnage de la vidéo suivante, j'ai plus écrit une réaction qu'un commentaire de bonne tenue...


Voici la vidéo (des extraits sont repris dans mon texte).


Ma lecture des années discutées dans cette vidéo est différente de celle des conférenciers. Je ne les reconnais pas comme un grand tournant mais surtout comme un mauvais tournant. Elles ne me semblent pas être la construction de l'écologie politique mais sa destruction et en France, sa mort dans l’œuf. Le présent semble me donner raison : 1975 à 2015 ne sont que 40 années de chute écologique. Pour chaque pas en avant, réel et sincère, de la société “verte", il y en a eu 3 en arrière, inexplicables, auparavant. Bilan : les gouvernants français actuels ne sont toujours pas capables, comme le rappelle Allain Bougrain-Dubourg, de reconnaître la sensibilité de l’animal sauvage (au XXIe siècle!) ou de saisir le problème écologique. Seule la catastrophe les fait un peu bouger, des fois, mais sans savoir où aller. Il n'y a bien que Dominique Bourg dans cette vidéo qui adopte une posture assez indignée pour coller avec l'absurdité de l’époque actuelle. Ces années sont, pour moi, le moment où, sous couvert d’unité de la planète, le vivant a disparu des radars politiques. Il me semble que cette écologie politique a fait le choix originel de suivre la science (bien plus que le vivant), les participants de cette table le reconnaissent. L’écologie politique a ainsi adopté de la science en plus de sa méthode, son parler ou de ses manières exclusives, sa distanciation au vivant. C'est que le vitalisme venait, avec raison ou non, de disparaître définitivement du champ scientifique... l'écologie française a emboîté le pas. Elle ne s'est pas aperçu que la disparition du vivant de leur esprit signa sa disparition par rebond sur le terrain, et aussi pérennisera l’incompréhension. Et depuis ces années-là, ce mouvement (occidental?) vidé du vivant s’est répandu sur toute la planète. Un scientifique résume bien ceci dans cette conférence. Plein d'assurance et de jeunesse, il voulait enseigner ses sciences (sans vie) et la ligne droite aux fermières du Sud. Mais où avait-il gagné son assurance face à ces dames? De nos sciences du vivant plus fortes que leurs traditions, de leur gentillesse à l'intégrer, du nombre de ses voyages en avion comme il aime incongrûment encore et toujours à les rappeler en 2016? Pourquoi n’a-t-il pas réagi à cette époque comme la scientifique du Sud, Prof. Maathai, qui, elle, décida rapidement de ne pas s'appuyer sur les sciences occidentales mais sur le vivant, sur l’enseignement de sa mère animiste et sur les femmes? Maathai fut le premier prix Nobel de la paix reçu pour un activisme écologique. Il est d’ailleurs déconcertant de voir que les scientifiques du nord qui ont échoué au sud viennent désormais délivrer leurs leçons dans les villes et les campagnes françaises (sciences participatives, sauver les sauvages à Paris, l'agroécologie, etc.). Pourquoi ne luttent-ils pas à la source, mettant de l’animisme dans leurs sciences, ce pont que Maathai a proposé, avant de mettre de la science dans le terrain? Les écolo politiques des années 70 ont aussi créé ou réactivé un personnage mystique pour mieux enterrer le vivant : La Terre. René Dubos en offre un exemple avec le rapport Nous n'avons qu'une Terre évoqué dans cette conférence. Ce livre ne parle pas du vivant (de ce qu'on appelle aujourd'hui la biodiversité) comme acteur mais le noie dans la planète et engendre un retour vers un géocentrisme stérile. La Terre devint un personnage à part entière. Il publia ce livre pour la conférence de Stockholm mais y fut contredit par Indira Gandhi. Elle expliqua, elle, qu'il fallait écouter les sciences plus traditionnelles, renouer avec la nature, ok, mais surtout avec la vie. Elle ne voit pas d’unité entre ces deux choses : elle les différencia. Les écologistes occidentaux non. Indira Gandhi affirma pendant cette conférence que la vie a une énergie à elle. Les sciences occidentales ne voulaient pas en entendre parler et donnèrent à la vie la même nature que le reste de la nature (que les pierres donc). C'est cette vision du monde avec un vivant non vivant, dégradé en esprit mais avec une planète désormais promue sans raison comme vivante, qui sera principalement propagée par l'ONU depuis lors. Les années 70 sont la victoire de l'écologie à l’occidentale à l'ONU, donc la défaite du vivant (du vrai vivant). Il faut lire la déclaration finale de cette conférence. Elle signe la globalisation de l’anthropocentrisme occidentale et de son idée de nature. Il faut aussi lire le discours durant cette conférence, d'Olof Palme premier ministre suédois, homme politique sociale démocrate (et non écologiste). Comparé au discours d'Indira Gandhi, il est d’une violence anthropocentrique extrême. Aucune mention de vivant autre qu'humain. La planète y est un tout, centré sur l'homme. Les poissons des océans y sont des ressources avec des limites et non plus des êtres vivants avec une vie. Il ne voit pas que chaque être vivant est une solution mais propose au contraire d’aider la nature avec de la technologie. Il déclare même que les pesticides sont un problème car ils tuent la Terre et non pas en premier lieu parce qu'ils tuent le vivant. Cette dégradation des acteurs vivants pour lancer l'acteur Terre sera typique de ces années 1970 (earthrise, earthday, l’indice "planète vivante" du WWF et de l'ONU, Gaia, earth first!, etc). Mme Lepage utilisera en 2016 les mots de Palme durant le tribunal de Monsanto. Elle y défendra son idée d'écocide (tuer l'acteur Terre) et non de biocide (tuer l'acteur vivant). C'est assez déroutant... surtout quand on sait que Rachel Carson, quelques années avant Palme avait, elle, la première, redéfini le terme de biocide, qui annonçait ainsi bien ce qu’il voulait dire. Pourquoi les écolos politiques, aujourd'hui suivent Palme, homme non scientifique, non écolo, partisan et pas Carson, femme scientifique, écolo et infiniment plus expérimentée?


Petit comble durant cette conférence d'Agroparitech : Mme Lepage parle du droit à l’information reconnu (un peu) cette année. Elle n’a malheureusement pas eu le temps de rappeler que c’est exactement ce pour quoi Rachel Carson (chapitre 1 de son livre paru en 1962) a fait le choix de briser son cercle scientifique. Voilà exactement pourquoi le mouvement environnemental a été lancé dans la sphère publique : Il dit que le public a le droit de savoir du simple fait qu’il a l’obligation d’endurer. C’est pour cela que Mme Carson prit la décision, elle qui est issue du monde scientifique, d’étaler sa science des sciences sur la place publique. Elle initia un mouvement environnemental pour promouvoir le vivant avant les sciences. On était en 1962. Le tournant prit par l’écologie politique après ces années ne ressemble plus du tout à cela. Il a fait le choix contraire, celui de suivre les sciences avant le vivant. Au final, on a aujourd'hui une écologie politique macho, technique, démuni du vivant, anthropocentrée, cherchant encore sa direction, scientifique mais sans belles idées, toujours peu capable de comprendre les sciences du Sud, l'animisme ou d'autres modèles que celui de nature, contemplant sans recul un champ ruiné et si normative qu’elle ne reconnaîtra peut-être jamais sa défaite même dans le déluge. Quelle est donc la nature du tournant de l'écologie politique de ces années 70 dont nous sommes les petits-enfants aujourd’hui? Pourquoi la spiritualité d’une Gandhi n’est pas apparu à la conférence de 1972? Pourquoi la primauté du vivant d’une Carson n'est pas reconnu? Pourquoi l’animisme de la mère d'une Maathai ne nous semblent pas une idée familière? Qui est réellement ce personnage Terre tout cryptique? Ce livre semble contenir en réalité plus de silences que d'informations.