Une question à... un climatologue

La crise climatique est-elle une cause ou une conséquence de la crise de la biodiversité? Cher Monsieur Jean Jouzel, Je viens de lire votre interview dans le JDD du 12 août. Vous y rappelez que la crise climatique se montre de plus en plus violente et surtout que nous n’avons plus le temps d’attendre pour passer à l'action. Cet article a particulièrement attiré mon attention, parce que je pense que l'état des lieux pourtant catastrophique qu'il dresse ne prend pas même la mesure de la crise de la biodiversité, crise qui s’avère d’une violence encore plus inouïe que celle climatique.


Jean Jouzel (Photo empruntée à l'espace presse CEA- ici)

Ne pas articuler ensemble ces deux crises est, je pense, une erreur bizarre mais commune à tous. Bien que nous savons au fond de nous que ces crises n'en forment qu'une, à la même origine humaine, nous continuons à les penser de manière quasi-séparée. Cependant, il nous faudra pour sortir de cette crise écologique trouver un modèle de pensée à une crise, un modèle général, implicitement heuristique, propice autant à la solution qu’à notre développement. Sans être scientifique, j'ai bien sûr mon idée. Je pense qu’il nous faut maintenant sortir du modèle reposant sur l'idée de nature car cette séparation entre l’homme et le reste de la nature masque trop la séparation première qui existe entre le vivant et l'inerte. Il vaut bien mieux penser le vivant non pas en équilibre avec les éléments mais, comme nous, en lutte contre eux pour assurer sa survie et son développement. Je pense donc le vivant non pas nature mais culture, autrement dit, que la civilisation n'est pas chose humaine mais le propre de la vie. Il faut ne pas être catastrophiste mais aussi ne pas être des Chamberlains. Il nous faut désormais déclarer la guerre… celle qui existe entre biodiversité et environnement*. Regardons la réalité en face et prenons part dans cette guerre entre vivant et inerte pour perpétuer notre développement sur Terre. Cette lutte, cette séparation de développement entre vivant et non-vivant, existe depuis l’apparition de la vie sur Terre et l’ignorer nous est fatal. Cette guerre fait qu'il faut prendre conscience que seul le vivant est vivant, et non pas la Terre, ou que l’écologie de la conservation est une fausse route et qu’il faut mettre notre économie au service d'une écologie du développement de la biodiversité, passer du développement humain à celui du vivant entier. Cela fait que l’économie circulaire (tenir en circuits fermés les éléments inertes) n’est pas à mettre en place à cause de la rareté de nos éléments inertes mais bien à cause des risques affectant notre développement (comprendre ici notre par celui de la biodiversité avec qui nous faisons un). Et au sujet de la crise climatique, le sujet de ce courrier, ce modèle fait apparaître qu'elle n’est en réalité qu’une victoire du développement de l’inerte sur celui, primordial, de la biodiversité, que la crise de la biodiversité est donc une cause et non une conséquence de la crise climatique. Voilà ma question...


Dites-moi, si cela vous semble d’intérêt, ce que vous en pensez : Faut-il déclarer cette guerre entre vivant et inerte? Autrement dit : Dites-moi, si la crise de la biodiversité est cause ou conséquence de la crise climatique? Respectueusement, Michel

* Vous aurez compris que la biodiversité, pour moi, ne fait pas partie de l’environnement