Une question au président de l'académie des sciences


La crise écologique n'est pas politique mais scientifique, n'est-ce pas?


Cher Monsieur le président de l’Académie des sciences, Je souhaiterais, par cette lettre, attirer votre attention sur le chemin difficile qu’a emprunté, il me semble, la recherche de solution à notre crise écologique. Elle nous est présentée depuis plusieurs générations, et de plus en plus désormais avec l’accélération de cette crise, comme une bataille politique alors qu’elle me semble n’être avant toute chose qu’un problème fondamentalement scientifique. Pourriez-vous me donner votre avis à ce sujet?


L'illustration des cinq missions fondamentales de l'Académie des sciences

Je compare notre crise écologique actuelle, et la révolution des esprits qu’elle appelle, à la révolution copernicienne. Cette révolution fut scientifique et non politique mais traversa tous les pans de la société pour susciter un bond civilisationnel formidable. En d’autres termes, elle sortit l’époque et les esprits de leur marasme. Elle fit cela, pacifiquement, simplement, juste en corrigeant une erreur dans la compréhension de notre environnement. Elle modifia la logique derrière la pensée de l'époque, autrement dit son métarécit : Elle fit tourner, dans nos têtes, la Terre autour du soleil. Quel formidable pouvoir est la science et l'exploration de la réalité! Je pense que notre crise écologique actuelle est certainement de la même nature. Si nous n’arrivons pas à nous développer aujourd’hui correctement, à faire passer et tenir même les idées les plus simples, cela ne peut provenir que d’une erreur dans l'appréhension générale de notre contexte. C’est cette erreur qui nous fait mal penser et donc mal agir, et certainement pas une quelconque mauvaise nature humaine. Il me semble donc que c’est à la science de dénicher et corriger cette erreur en amont et moins à la politique de compenser en aval, de manière empirique, les actions négatives engendrées. J’ai aussi bien sûr mon hypothèse sur ce que peut être cette erreur. Je pense personnellement qu’elle est celle de prendre la biodiversité pour sous-partie de la nature et non pour de l’anti-nature (autrement dit de la culture). Mon intuition est qu’il faudrait corriger le métarécit naturaliste de notre civilisation pour faire lutter la biodiversité contre l’environnement. J’en ai déjà parlé à de nombreux scientifiques. Cependant, malgré toute leur bienveillance, très peu se saisissent de ma question (voir les quelques exemples ci-dessous) et je n’ai pas trouvé de véritable réfutation de cette hypothèse. Voilà pourquoi je me tourne vers vous. Pourriez-vous alors m’aider : Sait-on si le vivant est nature ou anti-nature? Respectueusement vôtre, Michel MARUCA


Exemple de réfutations, je pense, peu concluantes: Certains chercheurs invoquent le relativisme culturel pour rejeter cette question. Ils affirment que voir la vie comme nature ou culture sont simplement deux modèles culturels. Ils ne s’aperçoivent pas, je pense, que cette différence de vision est de même nature que voir la Terre plate ou ronde. Ces deux modèles peuvent exister mais ils ne peuvent pas… coexister; et la science a prouvé que le premier est faux. D’autres ont invoqué l’universalisation de notre contexte par les lois de l’univers. Ils pensent que, parce que tout implique les lois universelles, ces lois impliquent forcément un tout. La nature du vivant est donc pour eux forcément la même que celle du non vivant, les deux formant un et non deux touts. Ce principe d’universalisation me semble personnellement illusoire. Les lois universelles me semblent pouvoir soutenir plusieurs paradigmes matériels de nature différente interférant les uns avec les autres. Le vitalisme a aussi été utilisé pour réfuter mon hypothèse sans que je comprenne où il s'y cacherait. Un scientifique m’a aussi expliqué, dans une sorte de réfutation inverse, que de toute façon l’inerte est comme le vivant; il serait lui aussi “vivant”. Je ne comprends pas le sens scientifique des guillemets. On m’a parfois fait remarquer l’exceptionnalisme de l’homme sans que je comprenne en quoi cela participe à ma question. Que l’homme soit une exception n’oblige en rien le reste du vivant à n’être que de la nature, et vice-versa, que le non-humain soit anti-nature n’enlèverait rien à l’exception humaine, il me semble.

Certains pensent aussi que cette question est philosophique et non scientifique car certainement non expérimentable. Cela me fait penser à ceux qui pensaient impossible de prouver sur Terre que la Terre tournait sur elle-même... jusqu'à ce qu'un expérimentateur de génie imagine au plein centre de Paris une expérience aussi simple que concluante. Je pense qu'il en sera de même pour la différence de paradigme entre inerte et biodiversité.