Qu'entendons-nous par "développer nos écosystèmes"?



Nicolas Hulot, Ministre d’état de la transition écologique et solidaire, dans un tweet du 24 octobre, a demandé aux agences régionales de l’agence française pour la biodiversité, de “développer nos écosystèmes”. Cette expression est nouvelle, mais si ces mots chantent bien, ils ne nous parlent encore en rien. En effet, s'ils devaient être appliqués à la lettre, la demande de Nicolas Hulot, non seulement sortirait du mandat régit par la loi biodiversité, mais surtout elle dépasserait l’imaginaire actuel de notre société. Développer le vivant non humain est une idée qui n’appartient pas encore à notre culture au développement explicitement anthropocentré. Proposer cette bonne idée sans la consolider préalablement par le débat sociétal nécessaire revient malheureusement seulement à gâcher son potentiel. Le public ne peut pas apercevoir son innovation ni donc l’appliquer en cohérence.


Il suffit de regarder le nombre d’occurrences sur Internet de cette expression avant son utilisation par Nicolas Hulot - zéro - pour comprendre sa très grande nouveauté. Pourtant, à la lire dans un tweet, nous ne ressentons pas l’émulation qu'une telle innovation aurait pu et dû ainsi véhiculer. Comme aucune explication n’a accompagné ces mots, ceux-ci s'avèrent dans les faits non performatifs. Ils restent compris dans le strict cadre de la loi pour la reconquête de la biodiversité définissant le mandat de l’agence pour la biodiversité. Celle-ci se cantonne à protéger le vivant non humain, rien de plus ambitieux. Alors quand Nicolas Hulot parle de développement des écosystèmes, nous comprenons qu’il ne dit pas à proprement parler cela. Nous pensons qu’il parle de leur conservation de la biodiversité. Une suggestion citoyenne d’intégrer le développement de la biodiversité à l’esprit de la loi avait bien été transmise, il y a deux ans, sur la plateforme parlement et citoyen mais elle n’a pas retenue l’attention des parlementaires. Il existe ainsi une différence évidente entre l’esprit de la loi qui cherche la valorisation de la biodiversité au service du développement humain et un esprit qui veut faire profiter du développement humain l’ensemble du vivant. Mon enfant de 12 ans comprend cette différence de “mentalité” (c’est le mot qu’elle utilise). Reporterre avait d’ailleurs relayé le 16 juin 2017 notre interrogation à ce sujet au ministre Nicolas Hulot. Cette demande d’explication n’a malheureusement entraîné aucune réponse ni ouvert de débat sur le sujet avec les responsables de la biodiversité. Développer le vivant non humain, ce serait accepter d’élargir la base de notre civilisation à tout le vivant. C’est donner le droit de cité à la biodiversité. C’est saisir que la biodiversité est culture plus que nature. C’est comprendre que c’est ce qu’on appelle la nature qui dépend en réalité des êtres vivants et non l’inverse. Malheureusement pour nous, nous nous représentons toujours les êtres vivants non humains comme de simples créatures. Développer la biodiversité, c’est reconnaître qu’ils sont créateurs, vivants et supérieurs à la nature… autrement dit qu’ils sont nos semblables, plein et entier. C’est d’aucune façon donc penser leur conservation mais bien autrement faire de notre expansion celui de tout le vivant, et cela, afin d’assurer notre pérennité.

Voilà ce qu’aurait dû nous signifier l’expression “développer des écosystèmes “. Mais ce changement important de vision ne s’est malheureusement pas entendu dans le tweet de notre ministre. A-t-il galvaudé cette volonté de changement en reprenant ces termes pour le compte d’un camp opposé à cette vision de notre monde. Pourquoi n’a-t-il pas simplement demander aux agences régionales de “valoriser” les écosystèmes comme la loi le demande. A-t-il tweeté trop vite? On ne peut savoir. Notre ministère de la transition écologique et solidaire pourrait-il alors préciser sa pensée, expliciter ses mots, et ouvrir le débat sur le développement prôné par notre gouvernement : Servons-nous la construction d’une société développant la biodiversité entière ou visons-nous toujours seulement notre développement humain?